Critiques

The Mandé Variations

Toumani Diabaté est un phénoménal koriste au doigté ensorceleur, qui plus est doté d’une inspiration divine qui transparait dans ce lyrisme qui vous captive l’esprit dès l’écoute de sa première note de musique ! C’est avec une joie à peine contenue que j’ai réceptionné cet album de musique – certes un peu sur le tard ! – de huit plages les unes aussi lyriques d’inspiration que les autres ; les unes aussi poignantes et suggestives que les autres ; enfin, les unes, aussi vectrices de force cosmique que les autres.

Le récital que le Malien Toumani Diabaté donne dans The Mandé Variations (Nonesuch Records, 2008) produit par Nick Gold, est ce genre de document sonore solo que chaque mélomane d’ici et d’ailleurs, devrait impérativement avoir dans ses archives musicales. Et en bonne place dans le rayon des musiques patrimoniales sahéliennes anciennes. Et j’ajouterai, sans hésitation aucune, que cet album solo est à classer dans le rayon «Spiritualité» de celles-ci tout comme son tout premier album solo, Kaira, paru en 1988. Je préfère ce genre d’étiquetage qui a l’avantage de préserver fondamentalement et surtout conceptuellement, ce que j’indique comme étant «la source principielle des origines» propre à sa démarche esthétique.

Travail exceptionnel donc s’il en est, l’auteur n’hésite pas à tutoyer, un brin, les dieux de la musique pour établir une conversation privilégiée en dehors des champs dialectaux classiques traditionnellement connus, avec Ali Farka Touré (1939-2006), le père de l’autre, dans la chanson «Ali Farka Touré», une prestation musicale d’une tension émotionnelle extrême digne des plus grands hommages qu’un musicien puisse rendre à une référence en la matière de son vivant. Soliste virtuose et vedette de renommée internationale aujourd’hui ayant glané de nombreux prix par ailleurs, Toumani Diabaté nous donne à écouter une musique d’une extrême complexité d’exécution, une sorte de gastronomie fine qui se déguste avec délicatesse pour ceux et celles qui ont la chance (une curiosité anatomique fort rare chez l’humain hélas!) d’avoir un palais sain dans l’oreille. Mais je sais que ceux qui lisent régulièrement cette page sont constitués ainsi.

De «Si Naani», le premier titre, à «Cantelowes» le dernier titre de cet album (une reprise de la célèbre musique du film de Sergio Leone écrite pour la circonstance par Ennio Morricone : Le Bon, La Brute et Le Truand [1966] ) en passant par «Kaounding Cissoko» -une chanson dédiée aux korafolas qui ne sont plus des nôtres- qui me fait penser à un mouvement de ressac ou à une envolée somptueuse d’hirondelles au coucher du soleil quelques part au fin fond de Tombouctou, The Mandé Variations, que je considère comme une longue conversation avec les morts et avec soi, est un album de musique intimiste qui se consomme sans modération ! Je précise que «Kaounding Cissoko» était un virtuose korafola décédé en 2003. Je considère, après écoute bien sûr, que «Djourou Kara Nany», «Si naani» et surtout «El Nabiyouna» sont les textes poétiques les plus secrets (pas de césure à l’hémistiche et rimes inclassables) et, au demeurant, les puissants ressorts métaphysiques de cet album dont je vous recommande absolument l’écoute dans le calme le plus absolu, en méditant profondément sur les choses simples de la vie, nous installent dans une confortable posture de vie (précisément «d’écoute de nous-mêmes») pour une introspection sans fin…

Au final, la célébration spirituelle que Toumani Diabaté fait de la musique patrimoniale africaine sahélienne, dans cet album, est digne du plus grand intérêt, ce qui explique, par ailleurs, la reconnaissance internationale et les multiples sollicitations dont il est l’objet aujourd’hui comme je le précisais plus haut en début de cette note. Une réputation qui fait de ce digne fils d’Afrique un musicien citoyen du monde, condamné désormais à répandre le message de Paix que véhicule la spiritualité de la musique patrimoniale africaine. Une lourde charge que Toumani Diabaté assume, comme le montre The Mandé Vibrations et l’ensemble de sa production.

Joseph Owona Ntsama

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