Critiques

Patricia Essong sings Africa !

La gracile amazone au port altier, Patricia Essong, qui m’a fait l’honneur et l’amitié de me convier à la soirée de présentation de son premier album, le 22 décembre dernier, dans un coin très sélect de la capitale Yaoundé, nous propose, à travers cette compilation intitulée Soul Of Nü Bantou [Believe/Iroko Sound, 2016], une réécriture musicale d’anciens hits africains. Et pas des moindres ! Elle est allée puiser auprès de très grosses pointures que furent, par exemple, un Nicholas Namjuly Mbarga (Prince Nico Mbarga), Georgette Bellow (Bella Bellow) ou un Pascal Tabu Ley (Seigneur Rochereau) ; ou, d’artistes encore en activité, comme Ismaël Lo ou Angélique Kidjo ! En soi, un gros challenge, mais qui toutefois ne semble pas du tout l’effrayer, elle qui vient de laisser tomber ses affaires (Consultante en projets) pour se consacrer uniquement à sa passion : la musique, exprimée ici via le concept de «Nü Bantou» qu’elle-même traduit en français par «l’âme néo bantoue».

Tout un programme esthétique qui se traduit en la sublimation d’une sorte de nostalgie musicale où cheminent la légitimité (la sienne) déclinée en une écriture musicale dans l’air du temps (ses influences afro soul, notamment) et celle construite et consolidée par la reconnaissance d’un talent musical non surfait (ses références pour le cas d’espèce) qui aura contribué à la création d’une mémoire musicale vive, contemporaine, et qui constitue aujourd’hui le soubassement d’une perception musicale que chacun appréciera à l’écoute des 10 titres de l’album arrangés par le guitariste Indy Dibongué et elle-même respectivement à Paris (KD Musicale Studio et Yan Jankielewicz Studio) et à Villepinte (Studio Les Abeilles). On aura donc compris que Patricia Essong a des repaires forts (elle a en effet beaucoup de ressemblance avec la très tôt disparue Bella Bellow qui était aussi très proche de la tradition qu’elle retransmettait avec une orchestration extrêmement dépouillée : le titre qu’elle reprend d’ailleurs d’elle, ici, «Rockia», dont le thème fait partie de la liturgie amoureuse des jeunes filles africaines, fut enregistré et produit en son temps à Paris par le célèbre Gérard Akuéson) et un projet musical – de vie précisément – qui traduit – le projet en question – une sorte de philosophie existentialiste en nous exhortant à devenir ce que nous sommes : en assumant ses choix de vie, j’allais dire « de vie artistique».

C’est bien ce que cet album traduit avec une sorte d’émotion, un brin bourgeoise dirais-je, à travers les reprises de «Aki Special» (un véritable tsunami en son temps !), «Ngoma Kurila», «Oya»ou encore «Boya Ye». Des chansons dont le souvenir auditif heureux ne devrait pas nous faire perdre à l’esprit (difficile avec l’aura qu’elles eurent jadis, hélas !) que Patricia Essong leur rend un hommage largement mérité en respectant ce rituel bantou qui consiste à dire merci à ceux et à celles qui nous ont devancés en nous léguant quelque chose de fort, en l’occurrence ici l’amour de la musique. Patrimoine musical qui aujourd’hui permet de «passer» des émotions par une perception du monde et de la musique qui se veulent, tous deux, amours du Beau, de ce que l’on aime au-delà de tout ! Tel est à mon sens le challenge que se fixe cette belle dame au regard déterminé qui semble très bien savoir où elle va. Et surtout d’où elle vient ! C’est un peu pour toutes ces raisons – en sus de cette présence vocale, avec «beaucoup de coffre» comme dirait Charlotte Dipanda, qui ne m’a pas laissé indifférent ce soir-là – que je la suivrais donc tout au long de cette année.

JON 

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