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Négritude en Normandie

La nouvelle du décès de Mme Colette Senghor [18 novembre à 93 ans, ndlr] m’est parvenue comme un écho lointain dans le flot d’une semaine trépidante et c’est le répit du weekend qui permet à mon cerveau de «l’imprimer», enfin. Je réentends ce matin l’épais silence du musée que la ville de Dakar et l’Etat du Sénégal ont aménagé, dans la maison que le Président poète s’était construite à Dakar vers 1975, anticipant de toute évidence une retraite politique qui allait intervenir le 31 décembre 1980.

En mars dernier, et comme toute l’année sans doute, le souffle de Joal – sa ville natale – arrivait par brises douces, venant, me semblait-il, par-dessus la mer toute proche pour caresser la cime des arbres centenaires qui résistent héroïquement aux puissants rayons du soleil, dans la cour de cette villa baptisée «Les dents de la mer»: résumé expressif des choix architecturaux opérés pour clôturer cette belle demeure de Fann-corniche, dans la ville que Sembène Ousmane, racontant les pérégrinations de Ibrahima Dieng pour toucher un mandat, nous a rendue familière.

Un peu de patience à l’entrée, le temps que s’ouvre la porte de cette villa ou vécurent le Président démissionnaire et sa belle normande née Hubert, épousée en secondes noces, après Ginette -fille de l’ancien gouverneur Félix Eboue. On imagine leurs journées au calme, au milieu de leurs livres, peintures, sculptures et tissages, commandés ou reçus des quatre coins du monde. On croit les voir, entourés de leurs photos, immergés dans leurs souvenirs. Et d’abord celui de leur enfant unique, Philipe, 23 ans en 1981, étudiant et amateur de musiques, qu’un fatal accident de la route a arraché à cette maison devenue silencieuse depuis lors, comme recueillie, voire prostrée.

Un couple – en fait, une paire- de conservateurs dissemblables mais complémentaires veille sur la mémoire des Senghor: universitaire racée, Mariama Ndoye Mbengue est reconnaissante à l’ancien Président de l’avoir fait admettre aux études de muséologie, après ses années à l’institut fondamental d’Afrique noire (l’IFAN de Cheikh Anta Diop). Elle vous parle avec un mélange d’érudition et d’autorité (cette manière de vous prévenir, à mi-voix, qu’il est interdit de photographier l’intérieur de la villa est sans appel) ; son binôme (il se décrit sobrement comme un collaborateur), est un ancien gendarme, aide de camp et homme de confiance du Président jusqu’à sa disparition. 70 ans au moins, mais droit comme un I, il s’acquitte avec humilité de toutes les tâches, y compris celle d’encaisser le prix du ticket pour la visite guidée qu’il vient de conduire, sans la moindre note (toutes les dates sont dans sa tête).

On arrive dans les appartements privés à l’étage… Léopold et Colette avaient chacun sa chambre… Celle de Mme Senghor, son mobilier, ses accessoires, sa baignoire … et le vaste lit qui me rappelle la conclusion d’un vieil article écrit pour

[le journal]

Mutations (canal historique). J’y rapportais, sans me soucier outre mesure d’en authentifier l’origine (mea culpa), une confidence prêtée aux époux Senghor, qui s’étaient promis, dans le secret de leur alcôve, de vivre centenaires… A plus de 90 ans chacun, ils y sont presque parvenus et la Grande Dame, décédée à Verson, sera rapatriée selon ses dernières volontés, pour reposer auprès de son homme, au bien nommé cimetière «bel air» de Dakar.

Si je ne m’abuse, le texte était intitulé « Négritude en Normandie ».

Massao! Madame.

Christian Wangué, Journaliste en congé 

[Texte pris sur la page Facebok de son auteur]

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