Reportages

Grotte Nyem-Nyem : le sanctuaire de la bravoure

A la faveur du «Festival Nyem Nyem» 2015, nous avons fait le déplacement de la bourgade de Galim Tignère dont c’est l’une des estampilles. Notre reporter raconte ici les péripéties de la randonnée au sommet du Mont Djim, l’une des attractions de cet événement populaire.

Le mont Djim, vu d’en bas, semble infranchissable dans toute sa majesté. Et pourtant, le parcourir et visiter la grotte en son sein est l’une des stations obligées pour le festivalier du Nyem-Nyem. C’est ainsi que pour les cinq premiers kilomètres, la voiture est d’une aide précieuse. Et ce malgré le chemin caillouteux et très accidenté. Pouvant décourager les moins téméraires. Comme me lâche mon voisin, «c’est l’entrée en matière pour tester la détermination du festivalier à aller jusqu’à la grotte». Soit. Moi en tout cas, je ne vais pas me démonter pour si peu. A travers la vitre, je vois des riverains attaquer le chemin avec le sourire aux lèvres, devisant sur la fête qui a attiré jusque dans les entrailles du pays Galim cette année le gouverneur de la région de l’Adamaoua, Abakar Ahamat.

Grotte Nyem-Nyem : le sanctuaire de la bravoure

Le corps un peu éreinté, nous voici au pied de la célèbre colline. D’où le peuple de céans défia, à une période pas très lointaine, les envahisseurs et autres colonisateurs zélés. Mais avant d’atteindre le théâtre des exploits de ces vaillants guerriers, il convient de faire un détour. Par la forêt qui s’ouvre devant nous. Où une végétation toute particulière se fait admirer. Ici, la faune et la flore respirent une santé qui n’est pas le propre de celles alentour. Je marche en traînant un peu le pas. Histoire de bien vivre ce moment. Ayant grandi en zone agricole, c’est toujours avec un plaisir renouvelé que j’aime me retrouver dans la nature vraie. D’où je peux respirer un air plus sain, écouter chanter les oiseaux, écouter les animaux, surtout les rongeurs et les reptiles, dont le déploiement peut donner lieu à un spectacle inoubliable. Alors j’ouvre l’œil. Et même si je ne vois aucun animal, je sens leur présence. D’ailleurs, des sifflements de reptiles me le rappellent à suffisance. Le chemin est accidenté. Présentant des montées et descentes dans la forêt luxuriante. Il faut donc faire attention où l’on pose les pieds. Un festivalier l’apprend à ses dépens, lui qui fait une chute admirable. Sous les rires de certains. Avant que d’autres ne lui viennent en aide. Heureusement, rien de cassé. Au-dessus de nos têtes, le ciel blanc lâche des rayons de soleil que j’imagine chauds.

Grotte Nyem-Nyem : le sanctuaire de la bravoure
L’escalier au bas de la montagne. Première étape.

Puis survient en face de moi l’escalier qui mène au refuge. Les marches et le rempart où s’agrippent les doigts lors de la montée ou de la descente semblent fragiles. Ils ont pourtant une seule année d’âge. Réalisés par les bons soins de notre ministère du Tourisme et des Loisirs dont l’investissement dans cette curiosité touristique n’en est qu’au commencement. Il est en effet prévu d’autres aménagements comme la construction de campements modernes (on parle d’une trentaine de lits) et la viabilisation de la voie d’accès longue de sept kilomètres. Je me dis qu’ils feraient mieux au ministère de confier ces importants travaux à des cabinets de réalisation bien outillés. Et surtout que la corruption ne soit pas l’invitée de pareille initiative. La survie de l’opération visite du mont Djim en dépend.

A mi-parcours, je suis subitement essoufflé. La crainte de ne pouvoir aller plus loin m’assaille. Heureusement qu’un préposé de la croix rouge me gave de deux morceaux de sucre et me conseille de me reposer, de boire un peu d’eau avant de poursuivre. Je m’exécute en voyant mon orgueil de mâle prendre un sérieux coup. De jeunes dames en effet défilent devant moi en toute sagacité ! Après cinq minutes, je me ressaisis et décide de gravir les prochaines marches. Qui me conduisent après quelques minutes au refuge. Une autre œuvre du ministère du Tourisme. Ici, je retrouve mes camarades d’équipée qui, randonneurs aguerris de la montagne, me prodiguent de nouveaux conseils. Avant de s’en aller attaquer la grotte. Moi je prends une pause d’une dizaine de minutes. Puis je me lance par le chemin à droite, la gauche étant bouchée. Un riverain voyant mon hésitation lance : «M’sieur, allez-y. Il y a une autre entrée là-bas mais il faut aller doucement.» Je le remercie et entame une petite pente qui débouche sur une petite entrée cernée par trois gros cailloux formant un triangle. Je vois les gens en sortir en rampant. Je mesure donc que ma première épreuve d’avec la grotte sera périlleuse. Je me penche et n’aperçois pas grand-chose. Il faut y pénétrer.

Grotte Nyem-Nyem : le sanctuaire de la bravoure
Le gouverneur Abakar Mahamat, invité d’honneur, sportif accompli.

Alors j’y vais. Un quidam me tend la main de l’intérieur. Je me baisse, fléchis mon genou gauche et envoie le droit en exploration. Cela ne suffit pas. Faut que je me cambre. La tête suit donc le pied. Me voici à l’intérieur. Pas le temps de regarder plus loin : devant moi arrive M. Ahamat ! Il semble en bonne forme et sollicite les conseils pour sortir. Ses accompagnateurs se lancent chacun dans un solo sur le meilleur moyen de retrouver la sortie. Lui s’élance déjà vers le gros caillou en face de lui. Qu’il attrape, en enjambe un autre plus petit et se retrouve à côté de moi. Je tente de reculer. Pour buter sur un autre caillou derrière moi. Alors je descends un peu pour faire de la place. Le temps de trouver une bonne position, j’aperçois le gouverneur qui rampe vers la sortie. Mince !

Je poursuis mon chemin pour ressortir de l’autre côté après mille arabesques et contorsions. Une fois à l’air libre, j’entends un voisin indiquer que l’une des chambres de la grotte les plus belles à visiter est plus en hauteur. Je fonce donc. Et me retrouve comme devant une impasse. Avant de voir surgir un riverain. Qui se propose de m’accompagner. Tout en me prévenant que ce ne sera pas du gâteau ! C’est du moins ce que me lance un jeune homme avant de nous suivre. Dieu merci, il me servira de traducteur. Comment pénétrer cette fameuse chambre ? En rampant sur les cailloux pardi ! Mon accompagnateur met un soin à m’indiquer où poser les pieds et les mains. Je m’exécute tel un gamin de la maternelle à la merci de sa maîtresse. On avance ainsi. Par endroits, il faut se coucher sur le dos ou le ventre pour avancer. Avec en face un caillou énorme qu’il faut caresser précautionneusement. A un niveau, au moment d’enjamber un caillou situé à plus d’un pas, je prends peur en voyant mon guide procéder. Lui le sent. Se retourne, esquisse un sourire et me tend la main. Je ne m’empêche de regarder le fond qui semble interminable ! J’ai envie de rebrousser chemin tant je redoute cette autre épreuve. Mon cœur se met à battre plus fort. L’angoisse me gagne. Je tends néanmoins la main. Et au moment de passer, je sens mon Jeans qui se déchire au niveau de mon entrejambe. Ce qui ne me décourage pas heureusement ! Et hop !

La randonnée se poursuit ainsi, à mi-chemin entre l’alpinisme et l’acrobatie. Je m’arrête des fois pour regarder autour de moi et voir les œuvres de la nature, plus précisément du volcan. Des cailloux pullulent certes, mais dans des configurations étranges, difficiles à décrire. L’ensemble vaut le détour du fait de cette étrangeté, mais également d’une paix qui semble me gagner au fil du parcours. Parfois, je me surprends à écouter le silence des lieux. Comme quoi il n’y a pas que celui des cathédrales.

Grotte Nyem-Nyem : le sanctuaire de la bravoure
Derrière nous, le fameux précipice, cimetière des adversaires des Nyem-Nyem.

Au bout de 20 minutes, je retrouve l’air libre. Heureux. L’odyssée n’a pas manqué de piment. J’ai le souffle court. Je bois de l’eau par rapides gorgées. Je m’en verse même sur la tête. Les habits sont tout sales mais qu’importe ! L’ivresse de l’aventure aura eu raison de ma peur. Je constate des ecchymoses et des contusions sur mes coudes et au dos de quelques doigts. Un volontaire de la croix rouge se propose de me venir en aide. Je refuse parce que je ne souhaite pas d’avoir à me coltiner de l’alcool alors que du mercurochrome est plus indiqué. Déjà, il faut repartir pour d’autres découvertes. Je m’élance donc vers les sommets. Cette fois, les périls sont moins harassants. Parvenu tout en haut, une sorte de plage s’étend à ma gauche. Au bout, m’apprend-on, se trouve le «gouffre des traîtres». Il se raconte que du temps de la guerre féroce, ces derniers étaient déportés ici et lâchés dans le vide. Simplement. J’essaie de m’en rapprocher, la peur au ventre tant le gouffre qui se dévoile au fur et à mesure paraît illimité. Je m’arrête au bout de quelques mètres. Préférant regarder le versant d’en face. Où la végétation semble en grande forme en cette saison sèche. Je me couche sur le gros caillou au bord duquel se trouve le précipice. Un vent frais et humide me frôle le visage. Je ferme les paupières pour mieux apprécier ce moment. Qui dure une éternité ! Des images que la décence m’interdit de rapporter me traversent l’esprit. Je pense également à la bravoure de ce peuple face à l’ogre allemand. Et me dis que s’ils ont vaincu ces adversaires coriaces, cela témoigne de leur sens de la stratégie guerrière et de leur intelligence en plus de l’amour pour leur pays.

Grotte Nyem-Nyem : le sanctuaire de la bravoure
A l’entrée d’une des grottes du Mont Djim.

Je descends finalement rejoindre des confrères journalistes au premier refuge qui recueillent les impressions de M. Ahamat sur le sens de la fête et les prouesses guerrières du peuple de Galim Vouré. J’ai juste le temps de m’apercevoir que son anglais est quasi parfait, lui qui a officié dans une région anglophone proche avant d’être affecté ici. Je n’ai plus de force pour tendre mon micro. Peu avant, me rapporte-t-on, des guerriers ont improvisé une danse. J’entame la descente. Après les marches, je m’arrête pour me désaltérer à la source. Peu me chaut que le liquide soit coloré.  Déjà, j’ai hâte de découvrir le prochain épisode du festival.

Parfait Tabapsi

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