Entretiens

Florent Couao-Zotti : « Ecrire c’est se révéler à soi »

L’écrivain béninois qui vient de publier un nouveau roman se livre sur le Cameroun et la question de l’identité en littérature.

Avec quelle image partez-vous de Yaoundé s’agissant du Salon International du Livre de Yaoundé (SILYA) ?

Jamais, depuis que je parcours les salons, festivals ou autres rencontres littéraires en Afrique, les écrivains n’ont été aussi honorés. Une organisation quasi parfaite, des auteurs toujours mis en avant, une ambiance festive, des soirées intellectuelles qui «rendent finalement intelligent». Gaston Paul Effa, écrivain et natif du pays a dit, en se pourléchant les lèvres «je bois du petit lait» lors d’un panel. Il y a de quoi être heureux, en effet : Narcisse Mouelle Kombi, le ministre des Arts et de la Culture, par ailleurs poète et auteur, connaît les exigences de la création et les sacrifices du créateur. Il a fait de ce salon la célébration la plus inattendue de l’écrivain et de ses parentés artistiques. Car, au-delà des espaces d’expression qu’il leur a offert, il les a gratifiés des moments de performances avec des musiciens, des conteurs, des diseurs de bonne espérance, des poètes au verbe fleuri, des griots à la langue explosive. Il a, le ministre, étoilé la poitrine de certains de distinctions, élevé d’autres au titre de chevalier, égayé la valise de tous de souvenirs, pièces des artisans camerounais qui prolongeront chez eux, dans leurs espaces privés, le dialogue entamé au pays de Ferdinand Oyono. Merci pour ces merveilleux moments !

Avec cette deuxième participation d’affilée au SILYA, on a envie de dire que vous êtes chez vous au Cameroun finalement ?

Oui. Ce d’autant plus qu’il y a 15 ans environ, j’étais venu, en compagnie d’autres écrivains, faire presque le tour du Cameroun. C’était à la faveur de la sortie d’un livre chez Akoma Mba qui avait pour titre Enfances. On avait été dans les centres culturels et alliances françaises. C’est toujours intéressant de revenir et de retrouver des amis ; d’engranger à partir des différentes rencontres d’autres projets culturels et littéraires qui donnent la pleine mesure des différents talents de chacun.

Et donc le terme «Cameroun» a quelle résonnance dans votre esprit ?

Le Cameroun c’est d’abord mes lectures scolaires : Ferdinand Oyono, Mongo Beti. Quand je reviens ici, je veux toujours vérifier dans la réalité les endroits littéraires que j’ai connus. Le Cameroun c’est aussi la musique : Manu Dibango, Eboa Lottin, André-Marie Talla… Ils ont tous bercé mon enfance dans un petit village du Bénin. Venir ici pour moi est comme un pèlerinage culturel. C’est toujours réconfortant de revenir, car il se trouve ici des identités fixes qui nous permettent de nous retrouver et de nous réconcilier avec cette Afrique qui nous a toujours rassurés.

Florent Couao-Zotti : « Ecrire c’est se révéler à soi »

Parlons de votre dernier livre…

Il a été édité chez Gallimard que je retrouve après plusieurs années. Après Poulet bicyclette et compagnie, j’y reviens donc avec Western Tchoukoutou. Il s’agit d’une histoire de vengeance comme il en existe dans les Westerns classiques. C’est une histoire que j’ai construite autour de trois axes. Le premier c’est les personnages. J’ai constaté dans mon environnement du nord Bénin qu’on peut trouver des personnages westerns : chez nous, le cowboy c’est le bouvier, celui qui s’occupe du bétail. Pour le sheriff, j’ai trouvé un personnage un peu corrompu sur les bords. S’agissant du voyou, j’ai créé un personnage que j’ai nommé Despérado et qui dispose d’un bar où les gens viennent s’encanailler. Le 2è axe est lié aux grands espaces. N’oubliez pas que le western c’est la conquête de l’ouest américain. On retrouve ces espaces-là ici aussi avec une chaîne montagneuse au nord Bénin. La 3è chose c’est l’histoire qui est celle d’une revenante du nom de Calamity Jane qui revient en force pour identifier les trois personnages qui l’ont assassinée. Elle vient se rendre justice. On sait qu’il y aura vengeance mais on ne sait pas dans quel ordre cela va survenir. A la fin il y aura bien sûr un face-à-face avec les deux personnages principaux : le méchant et le bon qui est la revenante.

Vous avez participé à Yaoundé à un panel sur l’identité. Comment appréhendez-vous cette question ?

A partir du moment où mon identité n’est pas achevée, il me sera difficile de dire : «ceci est mon identité». Cela dit, il y a des éléments de mon identité qui se retrouvent dans mes textes. Une histoire qu’on écrit est inscrite dans un environnement qui répond à des critères et des valeurs. Et quand j’écris, tout cela transparaît ! En tant que producteur d’un certain imaginaire, je ne suis pas censé penser à chaque fois à cette identité. Je trouve normal que cette identité-là se traduise à travers le texte que j’écris parce qu’elle révèle mon parcours en tant que quelqu’un qui a grandi dans un environnement précis, avec une certaine éducation et certaines valeurs.

Pour vous, qu’est-ce que écrire ?

Ecrire c’est se révéler à soi ; c’est révéler le monde qui est en soi-même. C’est également créer une passerelle avec un autre monde. Parce que lorsqu’on est écrivain, on a besoin de se faire lire, de créer un dialogue avec l’autre (proche ou lointain).

Vous appartenez à une génération qui a surgi sur la scène littéraire il y a deux décennies (avec entre autres Sami Tchak, Alain Mabanckou, Patrice Nganang, Abdourahman Waberi, Kangni Alem, Kossi Efoui ou Gaston-Paul Effa). Qu’est-ce qui la caractérise de votre point de vue ?

Cette génération n’est pas arrivée pour remplacer l’ancienne ou la contester. Elle est venue avec ses atouts et ses lacunes. On est tributaire d’une histoire que nous ne pouvons pas nier qui est qu’il y avait une génération avant nous qui a lutté pour qu’on reconnaisse la littérature africaine comme une littérature à part entière. Nous ne sommes pas nécessairement attachés à une idéologie ou à une école. Chacun a son territoire d’émotivité et de ressenti qu’il exprime comme il l’entend. Il y a des particularités chez chacun par rapport à l’écriture ou au parcours. Mais il n’y a jamais eu entre nous un besoin de se formaliser en tant que jeune revendiquant une certaine idéologie ou une identité patrimoniale. La critique littéraire nous réunit souvent pourtant sous une bannière idéologique ou thématique.

Recueilli par Parfait Tabapsi à Yaoundé.

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