Critiques

Cinéma : le bonheur au bout du clic ?

Avec le long métrage «Le Blanc d’Eyenga», Thierry Ntamack se joue des revers de l’opportunisme.

Le grand défi du réalisateur a été de rendre intéressant un sujet abondamment exploré par les auteurs camerounais : rechercher l’âme-sœur (Blanc) sur Internet. Thierry Ntamack a donc décidé de mêler le drôle à la simplicité. L’intrigue (qui dure 80 minutes) est une comédie qui se développe à travers des personnages simples mais particuliers. Dès les premières scènes, on capte cette phrase qui semble porter la trame morale du film : «Le bon Blanc on ne le cherche pas,… il vient seul». Cependant, Eyenga (interprétée par Jeanne Mbenti) balaye le précieux conseil donné par sa tante du revers de la main. La native de Mboamanga à kribi (ville balnéaire au Sud Cameroun) conçoit mal de ne pas pouvoir décrocher un Blanc malgré ses atouts physiques. Ce Blanc qui représente bonheur et confort est le ticket gagnant censé sortir Eyenga et sa famille de leur situation précaire.

Photographie de parties intimes, striptease devant la webcam… tout y passe. La caméra devient subjective en baladant son objectif sur le corps de l’actrice. Le spectateur à l’impression de voir les moindres détails. Thierry Ntamack n’hésite pas à rendre son personnage ridicule pour souligner à quel point la soif du Blanc désespère.

Le réalisateur construit des personnages particuliers pour sortir son histoire de la monotonie. Pendant qu’Eyenga s’efforce d’aimer son Blanc (André Sureau) – venu l’épouser- malgré son handicap, le spectateur s’intéresse également à la copine commère (Tamar Tientcheu) qui donne l’impression de vivre le rêve à la place de l’héroïne. L’auteur attire en outre l’attention sur le «reporter sportif», cousin d’Eyenga, qui se crée un monde entre le club de football marseillais et sa console de jeu, devant laquelle il passe des journées entières.

La plupart des scènes se déroulent en journée. Les quelques tournages nocturnes révèlent les limites de l’éclairage. Deux scènes y sont illuminées sans pouvoir déceler la source. Le jeu de la petite équipe de comédiens est pourtant appréciable. Sauf que la plupart, évoluant dans l’humour et le théâtre, se voient rattrapés par des réflexes et postures qui théâtralisent quelque peu leur jeu. Cette transposition ne rend cependant pas moins captivants les répliques et l’entrain des personnages, mais les empêche de ressortir les émotions recherchées. La mise en scène est légère, les dialogues fluides. Le scénario s’efforce de sortir du langage lourd et touffu qui caractérise la plupart des productions camerounaises.

Le Blanc d’Eyenga – après le court métrage Sur la route d’un ange – est le deuxième produit du concept «Le cinéma au prix d’une bière» initié par Thierry Ntamack. L’idée est de réaliser et produire à moindre coût et permettre au public de se procurer un Dvd à 1000 FCFA. Thierry Ntamack qui produit et réalise le film interprète également le rôle de Molla, propriétaire du cybercafé. Deux autres membres de l’équipe technique – le chef décorateur, le monteur et assistant réalisateur- ont aussi chacun un rôle dans le film.

Pélagie Ng’onana

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