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Mariages forcés : Le CALBRIL en campagne au Sud Cameroun

Le Chantier d’appui, de loisirs, de bricolage des Lapinos a organisé des actions de sensibilisation aux droits fondamentaux en direction des populations locales le mois dernier.

Originairement appelé pygmées, les peuples autochtones de la forêt sont les premiers habitants du Cameroun. Malgré les moyens et les dispositions prises par l’État et les partenaires internationaux pour l’amélioration de leurs conditions de vie, ceux-ci continuent d’être un peuple analphabète et marginalisé sur plusieurs plans. Plusieurs projets ont été mis en œuvre, entre autres, ceux relatifs à l’établissement des cartes d’identité, des actes de naissances, afin de leur donner le statut  de citoyens camerounais. Malheureusement, ces derniers projets sont comme un quitus qui leur est donné pour avoir des maternités non seulement sans contrôle, mais aussi très précoces. Il n’est pas impossible de voir les jeunes filles de neuf ans être données en mariage, avec pour conséquence de nombreux cas de décès lors des accouchements ou des cas de maladies telles que les fistules obstétricales qui condamnent les victimes à la honte et la solitude.

Le Chantier d’appui, de loisirs, de bricolage des Lapinos (CALBRIL) qui est une association camerounaise à but non lucratif, apolitique et non confessionnelle  œuvrant dans la promotion des droits de l’enfant, de la protection de l’enfant et de la femme, soutenu par le Fonds canadien d’initiatives locales, a organisé plusieurs activités afin d’améliorer chez les victimes leurs connaissances en droits humains fondamentaux, droits à la santé sexuelles et reproductive et à l’éducation.

«Le problème qui a retenu notre attention est que les mariages précoces, forcés et d’enfants sont des unions qui ont pour caractéristique de s’imposer à des sujets immatures et non consentants. Par conséquent, ces pratiques constituent une forme de violences faites aux femmes, des discriminations à l’égard des filles et des abus envers les enfants. Elle empêche les filles de jouir de leurs droits fondamentaux et constitue une entrave à leur épanouissement», explique Cécile Manzoua, la présidente de CALBRIL.

Comme approche de solution, le CALBRIL s’est donné pour objectif général de sensibiliser les populations Bagyeli dans l’arrondissement de la lokoundje à kribi en vue de l’élimination desdits mariages précoces et forcés. Aussi, le CALBRIL s’est-il déployé durant six mois dans les localités et les cibles identifiées par le projet dans cette zone au Sud du Cameroun. Concrètement, il s’est agi de psychoéducation sur les enjeux et les dangers du phénomène du mariage d’enfant, de renforcement de capacité pour la création d’un environnement propice qui encourage le changement de mentalité.

«En ce 24 janvier 2019, jour de l’apothéose de ce projet, le CALBRIL est heureux de dire que les résultats ont été largement atteints et qu’au sortir de ce projet, d’autres constats ont été posés en vue de la pérennisation des acquis du travail réalisé avec et pour les populations Bagyeli», précise Mme Manzoua. Plus concrètement, les résultats portent sur ce que      les enfants Bagyeli en général et les filles en particulier ne vont pas à l’école, ce qui favorise le phénomène des mariages d’enfants, précoces et forcés dans leur environnement; la précarité des familles constitue le lit sur la base duquel fleurit le phénomène des mariages d’enfant; la non légalisation des unions contractées favorise la dissimulation de cette pratique réprimée par les lois camerounaises; les violences conjugales perpétrées par les hommes à l’encontre des femmes constituent un facteur de dissuasion pour celles-ci qui sont par ailleurs assez conscientes des risques encourus par les filles pré pubertaires envoyées en mariage; la recherche de stabilité et les répétitions traumatiques conduisent les femmes à aller d’une union à une autre, et finissent par les lasser. D’où les nombreux cas de femmes seules existant dans les campements Bagyeli.

Fidèle à ses traditions, le CALBRIL a pensé que si le projet en restait au stade actuel, l’impact de la campagne de sensibilisation et de plaidoyer que nous faisons en ce moment sera de courte durée. Ainsi donc pour assurer la pérennité du projet, un Comité de veille constitué par des femmes volontaires a été formé. Toutefois, il est de notre responsabilité collective, chacun en ce qui le concerne, d’appuyer cette heureuse initiative de CALBRIL et des populations Bagyeli.

Pour sa part, CALBRIL est prête à continuer ce travail au service du monde et de l’humanité. A cette issue, outre la création de ce comité de veille pour le counseling des couples sur la santé de reproduction, la parenté responsable et la dénonciation des cas de mariages d’enfants aux autorités, CALBRIL propose pour la suite de procéder à «la création d’une unité mobile pour la promotion et la protection l’enfant (déclaration et actes de naissances), des femmes (psychoéducation, suivi des traumatismes physiques et psychologiques résultant des violences, déclaration des unions conjugales) et des hommes (éducation à la parenté responsable); à la création d’une maison d’écoute et d’intervention communautaire ayant pour rôle d’aborder les problèmes intra et intercommunautaire ; d’aider les femmes et les filles à s’autonomiser via des petites activités génératrices de revenus intégrées».

Par cette prise d’intérêt, CALBRIL dénonce le fait que les Bagyeli sont considérés comme des objets de cirque bons pour danser. On a passé le temps à leur donner tout, alors qu’ils peuvent prendre leur destin en main. Pour cela le centre d’accueil servira également de centre de formation aux petits métiers des femmes afin qu’elles deviennent autonomes et actives et envoient leurs enfants filles et garçons à l’école pour un avenir meilleur.

Ashley Tchameni

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